Résiliation de l’assurance des pros : TPE et PME peuvent désormais partir à tout moment après un an

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Changer d’assureur en cours de route sans attendre la date anniversaire de son contrat, pour un particulier, c’est un réflexe acquis depuis plus de dix ans. Pour une entreprise, cette liberté restait jusqu’ici hors de portée. La résiliation dite infra-annuelle, c’est-à-dire la possibilité de rompre un contrat à tout moment une fois passée la première année, vient d’être étendue aux professionnels par la loi de simplification de la vie économique.

Promulguée le 26 mai 2026 et publiée au Journal officiel le lendemain, cette loi aligne les droits des très petites et petites entreprises sur ceux des particuliers. Derrière une mécanique juridique discrète se joue un vrai levier de trésorerie pour des millions de structures. Quels contrats pouvez-vous réellement résilier, à quelles conditions, et comment éviter les faux pas qui retarderaient votre changement d’assureur ?

Ce que la loi de simplification ouvre aux entreprises

Le nouvel article L. 113-15-2-1 du code des assurances est le cœur du dispositif. Il autorise les microentreprises, les TPE et les PME à résilier sans frais ni pénalités leurs contrats couvrant les dommages directs à leurs biens professionnels, dès lors que le contrat dépasse un an d’ancienneté. La résiliation prend alors effet un mois après sa notification à l’assureur. Le périmètre retenu suit la définition européenne de la PME, soit les structures de moins de 250 salariés, qui forment l’essentiel du tissu artisanal et commercial français.

Le principe n’a rien d’inédit dans son inspiration. Il prolonge la loi Hamon du 17 mars 2014, qui avait ouvert cette faculté aux particuliers pour l’auto, la moto et l’habitation, à l’image de ce qui permet aujourd’hui de résilier un contrat auto en cours d’année. Douze ans plus tard, le législateur applique la même recette aux acteurs économiques.

Les contrats concernés, et ceux qui restent à l’écart

Tous les contrats professionnels ne basculent pas dans ce nouveau régime. La loi cible précisément les garanties qui protègent l’outil de travail, celles dont l’interruption peut mettre une activité à l’arrêt.

  • les locaux professionnels, qu’il s’agisse d’un commerce, d’un atelier ou de bureaux ;
  • l’outil de production, machines et équipements indispensables à l’exploitation ;
  • les stocks et marchandises entreposés au titre de l’activité ;
  • les contrats de plus d’un an reconductibles tacitement, seuls visés par la résiliation à tout moment.

Restent à part les contrats encore dans leur première année, ainsi que certaines couvertures spécifiques non assimilées aux dommages aux biens. Un dirigeant a donc intérêt à vérifier la date de souscription avant d’enclencher la démarche, car une résiliation prématurée serait refusée par l’assureur. Mieux vaut aussi conserver une preuve de l’envoi, puisque c’est la date de réception par l’assureur qui fait courir le délai d’un mois.

Un signal envoyé à la trésorerie des entreprises

L’enjeu dépasse la simple commodité administrative. En autorisant un départ rapide, le texte met les assureurs en concurrence permanente et redonne du pouvoir de négociation aux entreprises. D’après l’Insee, les TPE et PME représentent plus de 99 % des entreprises françaises, soit le tissu économique presque tout entier.

Enlever les cailloux dans les chaussures de nos entrepreneurs et débureaucratiser

Olivia Grégoire, ministre chargée des Entreprises, à propos du projet de loi de simplification de la vie économique, juin 2024

Le même texte encadre par ailleurs les délais d’indemnisation imposés aux assureurs, désormais plafonnés à deux mois sans expertise et six mois lorsqu’une expertise est diligentée. Pour une PME, un sinistre laissé sans indemnisation pendant des mois peut signifier l’arrêt de l’activité, ce que ces nouveaux délais cherchent à prévenir. La cohérence d’ensemble vise un rééquilibrage durable de la relation entre assureurs et assurés professionnels.

Résilier au bon moment, sans se tromper

La liberté nouvelle ne dispense pas de méthode. Quelques précautions simples évitent une rupture de garantie ou un litige sur le décompte de la prime.

  1. vérifiez que votre contrat a bien dépassé un an d’ancienneté avant toute démarche ;
  2. soignez la rédaction de votre courrier de résiliation et privilégiez un envoi traçable ;
  3. anticipez le délai d’un mois entre la notification et la fin effective de la couverture ;
  4. souscrivez le nouveau contrat avant l’extinction de l’ancien pour ne jamais rester sans protection.

Pour l’étape de notification, les bons réflexes d’une lettre de résiliation valent aussi pour un contrat professionnel. L’assureur ne peut ensuite vous réclamer que la part de prime correspondant à la période réellement couverte, le reste devant vous être restitué. En cas de désaccord sur ce remboursement, le médiateur de l’assurance peut être saisi gratuitement, une voie de recours encore méconnue de beaucoup de dirigeants.

Ce qui change concrètement pour l’assuré professionnel

Le tableau ci-dessous résume le basculement opéré par la réforme pour les contrats de dommages aux biens professionnels, avant et après son entrée en vigueur.

Point de règleAvant la loiDepuis le 26 mai 2026
Résiliation après un anà l’échéance annuelle seulementà tout moment, sans frais
Délai pour partirsouvent deux mois de préavisun mois après notification
Motivation par l’assureurexigée pour les seuls particuliersobligatoire pour tous les contrats
Information de l’assurémention non systématiquerappelée sur chaque avis d’échéance

La transparence devient la règle, puisque le droit de résiliation doit figurer sur chaque contrat et chaque avis d’échéance. Un assuré averti n’a plus à éplucher les clauses pour savoir à quelle date il peut quitter son assureur.

Une bascule à intégrer dans sa gestion du risque

Cette ouverture ne réduit pas l’assurance à une variable d’ajustement budgétaire. Changer de contrat trop souvent peut fragiliser la relation avec un assureur qui connaît les spécificités d’un métier, et compliquer la gestion des sinistres déjà en cours. La couverture d’une entreprise se construit dans la durée, et une rupture mal calibrée peut laisser un trou de garantie au pire moment.

La vraie nouveauté tient au rapport de force. Une entreprise qui sait pouvoir partir négocie autrement ses garanties et ses tarifs, là où les collectivités territoriales bénéficient pour leur part d’un préavis porté à six mois. Le marché de l’assurance professionnelle entre dans une période où la fidélité se mérite, contrat après contrat.

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