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- Ce que prévoient les décrets du 29 juillet 2026
- Cotisé, assimilé, réputé cotisé : la case qui décide du départ
- Deux trimestres qui peuvent avancer le départ de deux ans
- Un second levier, cette fois sur le montant de la pension
- Qui est concerné, et qui reste à l’écart
- Le relevé de carrière, pièce à ne pas négliger
Les trimestres accordés aux parents au titre de la maternité, de l’adoption ou de l’éducation des enfants existent de longue date, mais ils n’avaient jusqu’ici qu’un rôle limité : ils allongeaient la durée d’assurance sans jamais permettre de partir plus tôt à la retraite. Un père ou une mère pouvait les accumuler sur son relevé de carrière sans que sa date de départ n’avance d’un seul jour.
La mesure s’inscrit dans le vaste chantier de l’écart de pension entre femmes et hommes, hérité des carrières interrompues et du temps partiel. Elle est née du conclave des partenaires sociaux de l’été 2025, puis de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, avant d’être traduite en textes d’application. Deux décrets publiés fin juillet la rendent concrète, et une question s’impose aux parents proches du départ : ces nouvelles règles justifient-elles de revoir sa date de départ ?
Ce que prévoient les décrets du 29 juillet 2026
Les deux textes portent les numéros 2026-699 et 2026-700. Signés le 29 juillet, publiés au Journal officiel deux jours plus tard, ils sont entrés en vigueur le 1er août, mais leurs effets ne concernent que les pensions liquidées à compter du 1er septembre. Les retraites déjà en cours ne seront pas recalculées.
Chaque décret actionne un levier différent. Le premier, le décret n° 2026-699, agit sur le montant de la pension en réduisant le nombre d’années de salaire retenues pour établir le revenu annuel moyen. Le second, le décret n° 2026-700 joue sur la date de départ en autorisant la prise en compte de trimestres d’enfant dans le décompte de la carrière longue.
Aucune démarche n’est prévue pour le nouveau calcul de pension : les caisses appliquent la règle aux dossiers liquidés à partir de la date d’effet. La requalification des trimestres pour la carrière longue, elle, suppose de produire les justificatifs d’attribution auprès de sa caisse. L’ensemble découle de l’article 104 de la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025, qui a ouvert la voie à ces deux mécanismes.
Cotisé, assimilé, réputé cotisé : la case qui décide du départ
Pour saisir l’ampleur du changement, il faut distinguer trois catégories de trimestres, car toutes n’ouvrent pas les mêmes droits. C’est cette mécanique, presque invisible sur un relevé ordinaire, qui bloquait jusqu’ici de nombreuses mères au moment de leur départ.
| Type de trimestre | Ce qu’il représente | Compte pour la carrière longue |
|---|---|---|
| Cotisé | Travail effectif avec cotisations versées | Oui |
| Assimilé | Période sans cotisation : chômage, maladie, enfants | Non |
| Réputé cotisé | Trimestre assimilé requalifié par la loi | Oui, dans les cas prévus |
Les trimestres de parentalité relevaient de la deuxième ligne : ils nourrissaient le calcul de la pension mais restaient hors du décompte de la carrière longue. Le décret 2026-700 en fait basculer jusqu’à deux dans la troisième catégorie, celle des trimestres réputés cotisés, ce qui suffit à débloquer un dossier joué à un ou deux trimestres près.
Le chômage et la maladie relèvent eux aussi de ces périodes assimilées, à l’image des conditions récemment revues pour l’ouverture des droits au chômage. La logique reste la même : seuls certains trimestres ouvrent un départ anticipé, et la loi désigne un par un ceux qui y entrent.
Deux trimestres qui peuvent avancer le départ de deux ans
La retraite anticipée pour carrière longue suppose d’avoir commencé à travailler jeune et d’avoir réuni un nombre minimal de trimestres cotisés, de l’ordre de 168 à 172 selon la génération. Une mère entrée tôt dans la vie active puis passée par un congé parental butait souvent à quelques trimestres du seuil, sans pouvoir avancer sa date de départ d’un trimestre.
Le plafond du nouveau dispositif est fixé à deux trimestres par assuré, et non par enfant : une famille de quatre enfants n’ouvre pas plus de droits qu’une famille de deux. Pour les personnes concernées, le gain n’a rien d’anecdotique. Sur un dossier calé juste sous le seuil, il peut atteindre jusqu’à deux ans et demi de départ anticipé, d’après les cas types diffusés par les caisses de retraite.
Un second levier, cette fois sur le montant de la pension
Le décret 2026-699 vise un public bien plus large. Dans le régime général, la pension de base se calcule sur les 25 meilleures années de salaire ; le texte abaisse ce nombre pour les parents, à 24 années avec un enfant, 23 à partir de deux. Le principe du calcul ne bouge pas, seule la fenêtre retenue se resserre.
L’effet est mécanique : écarter une ou deux des années les moins rémunératrices, souvent celles d’un temps partiel ou d’un congé, relève le revenu annuel moyen et donc la pension servie. Le gain dépend entièrement de la forme de la carrière, sensible pour un parcours heurté, quasi nul pour une trajectoire linéaire et bien payée. Selon les estimations gouvernementales, plus d’une femme sur deux verrait sa pension améliorée par cette règle.
Avec ces deux mesures, nous avons fait un choix de justice qui devient une réalité aujourd’hui : mieux reconnaître l’impact de la parentalité sur les carrières, améliorer les pensions des femmes et rendre le dispositif des carrières longues plus équitable.
Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail, communication officielle du 5 août 2026
Les spécialistes de la retraite tempèrent cet affichage. Sur le volet carrière longue, le seuil de trimestres cotisés reste l’obstacle déterminant : deux trimestres n’y changent rien quand il en manque huit. Le nouveau calcul du salaire de référence, lui, agit plus discrètement mais sur bien plus de dossiers.
Qui est concerné, et qui reste à l’écart
Le champ d’application n’est pas identique d’un décret à l’autre, et quelques exclusions méritent d’être connues avant de projeter un calcul. L’assouplissement de la carrière longue et le nouveau mode de calcul ne couvrent pas exactement les mêmes régimes.
- le dispositif carrière longue assoupli vise les salariés du privé, les fonctionnaires, les salariés et non-salariés agricoles, les professions libérales et les avocats ;
- plusieurs régimes spéciaux sont couverts, parmi lesquels la SNCF, la RATP, la Banque de France et les clercs de notaires ;
- le calcul sur 24 ou 23 années s’applique au régime général, au fonds des ouvriers des établissements industriels de l’État et aux clercs de notaires ;
- les fonctionnaires d’État en sont écartés, leur pension reposant sur le traitement des six derniers mois ;
- une bonification d’un trimestre par enfant est créée pour les femmes affiliées à la CNRACL et certaines ouvrières de l’État, pour un enfant né à partir du 1er janvier 2004.
Cette dernière mesure est la seule des trois à viser explicitement les femmes ; les deux autres s’adressent aux pères comme aux mères, à conditions égales. L’assouplissement de la carrière longue ne toucherait qu’environ 3 % des femmes nées en 1970, soit près de 13 000 personnes selon les données gouvernementales, quand le nouveau calcul du salaire de référence a une portée nettement plus vaste. Cette réforme prolonge d’ailleurs une série de mesures récentes en faveur des parents, dont le nouveau congé de naissance entré en vigueur cet été.
Le relevé de carrière, pièce à ne pas négliger
La requalification des trimestres de parentalité ne s’opère pas d’office pour la carrière longue : les justificatifs d’attribution restent à produire auprès de la caisse. Un relevé incomplet peut coûter deux années de départ anticipé alors même que les droits existent bel et bien.
Le calendrier ajoute sa propre contrainte. Les pensions liquidées avant le 1er septembre demeurent calculées selon l’ancienne règle, sans révision rétroactive ; quelques semaines d’écart sur une date d’effet peuvent séparer deux dossiers pourtant identiques. De quoi nourrir, dans les mois qui viennent, les réclamations de ceux qui découvriront la bascule trop tard.
Ces décrets rappellent surtout que la pension de base se construit sur des années de salaire déclarées bien avant la demande de départ, là où un plan d’épargne retraite individuel s’alimente à son propre rythme. Pour les parents proches de la retraite, l’enjeu se joue désormais ligne à ligne sur le relevé de carrière, là où deux trimestres bien classés valent parfois deux ans de liberté.

